Découverte d’anomalies immunologiques et génétiques associées à des formes sévères de Covid-19

Le Monde – Au moins 10 % des patients présentant une forme clinique critique de Covid-19 possèdent dans le sang des auto-anticorps qui neutralisent l’activité de molécules antivirales naturellement produites par l’organisme en réponse à une infection virale : les interférons de type 1 (IFN-I). Telle est la principale conclusion d’une étude internationale publiée le 24 septembre 2020 dans la revue Science. Elle souligne le rôle crucial des interférons de type 1 dans la réponse immunitaire dirigée contre le coronavirus SARS-CoV-2. 

Lorsque des cellules sont infectées par un virus, elles produisent des interférons (IFN), des molécules antivirales qui protègent les cellules avoisinantes de l’infection, ce qui permet de freiner la propagation du virus dans l’organisme. Il existe trois types d’IFN : I (IFN-alpha et IFN-bêta, principalement), II (IFN-gamma), et les interférons de type III. Les IFN de type I sont les principaux interférons produits au cours d’une infection virale. Ils induisent l’expression de certains gènes dans les cellules infectées et celles situées à proximité. 

L’origine de l’étude publiée par des chercheurs de l’Inserm, de l’AP-HP (Institut Imagine), de l’université de Paris, en collaboration avec des scientifiques new-yorkais (Université Rockefeller et Howard Hughes Medical Institute), remonte à l’observation de patients Covid-19 souffrant par ailleurs de polyendocrinopathie auto-immune de type 1, une maladie génétique dans laquelle le système immunitaire s’attaque notamment aux cellules des glandes thyroïde et surrénales. Celle-ci associe généralement des symptômes dermatologiques (candidose cutanéo-muqueuse chronique) et des atteintes endocriniennes (hypoparathyroïdie et insuffisance surrénale). Cette pathologie auto-immune est associée à la présence d’auto-anticorps dirigés contre les interférons de type I. Or il se trouve que trois patients atteints de polyendocrinopathie auto-immune de type 1 ont développé une forme clinique sévère de Covid-19. Les chercheurs, qui menaient des travaux sur les anomalies héréditaires portant sur les gènes responsables de la production d’interférons de type I, ont alors formulé l’hypothèse que des auto-anticorps dirigés contre ces molécules antivirales naturelles pourraient être impliqués dans des formes critiques de la Covid-19. [En savoir plus]