Les lipides à l’AHA 2020

 Par le Dr Pierre Sabouret – Paris

Ce congrès s’inscrit dans le contexte particulier de la pandémie de la Covid-19 et s’avère donc « virtuel » avec des sessions qui restent passionnantes à suivre. Mes choix se sont portés sur 3 axes principaux de recherche.

Le premier axe est représenté par les fameux acides oméga 3, dont les premières études cliniques étaient négatives, mais qui ont connu un net regain d’intérêt en raison des bénéfices cliniques impressionnants avec l’icosapent éthyl (EPA) à la dose de 4 g/j dans l’étude REDUCE-IT chez les patients diabétiques à risque cardiovasculaire très élevé (1). Les résultats de l’étude STRENGTH (Cardiovascular Outcomes with Omega-3 Carboxylic Acids [Epanova] in Patients with High Vascular Risk and Atherogenic Dyslipidemia) sont donc très attendus pour savoir si ces bénéfices sont reproductibles sur une population dont le profil est un peu différent s’il s’agit d’un effet classe ou non. Dans la même optique, les bénéfices potentiels d’une supplémentation en oméga-3 chez des patients âgés en post-infarctus seront rapportés par l’étude OMEMI.

Le deuxième axe est représenté par les anticorps monoclonaux. La classe des inhibiteurs des PCSK9, dont les bénéfices cliniques ont été démontrés par les études FOURIER chez les patients chroniques en prévention secondaire, et l’étude ODYSSEY Outcomes chez les patients en post syndrome coronarien aigu (SCA) est la première à être intégrée dans la stratégie thérapeutique des dyslipidémies. L’Evinacumab (REGN1500) est un anticorps monoclonal dirigé contre l’angiopoietin-like 3 (ANGPTL3), qui est une protéine humaine codée par le gène ANGPTL3.

Cette molécule, administrée par voie intraveineuse, a entraîné une baisse du LDL-C de 52 % chez les patients avec hypercholestérolémie familiale homozygote (HoFH) très complexe à traiter en raison de leur faible nombre de récepteurs LDL. Les résultats encourageants de deux études de phase 2 chez un petit nombre de patients ont conduit à la réalisation d’une étude randomisée de phase 3 ELIPSE (Evinacumab LIPid StudiEs) sur un effectif plus large (n = 65) et un suivi plus prolongé (24 semaines) pour confirmer l’efficacité biologique et la sécurité d’emploi de cette nouvelle classe thérapeutique (2).

Les données sur l’acide bempedoïc, qui inhibe l’ATP lyase au niveau hépatique permettant une baisse de 20 % du LDL-c et semble particulièrement intéressant pour les patients intolérants aux statines, car cette enzyme n’est pas exprimée au niveau du muscle, sont à suivre puisque ce traitement est déjà disponible et remboursé en monothérapie ou en association fixe aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne et qu’il devrait donc être bientôt disponible en France. Son efficacité et sa sécurité d’emploi sont bien évalués par le programme CLEAR (3).

En conclusion, beaucoup de nouveautés et d’opportunités pour améliorer le pronostic de nos patients à risque cardiovasculaire élevé.

Références

  1. Bhatt DL et al for the REDUCE IT investigators. N Engl J Med 2019;380:11-22. DOI: 10.1056/NEJMoa1812792
  2. clinicaltrials.gov
  3. Ray KK, Bays HE, Catapano AL, Lalwani ND, Bloedon LT, Sterling LR, Robinson PL, Ballantyne CM; CLEAR Harmony Trial. Safety and Efficacy of Bempedoic Acid to Reduce LDL Cholesterol. N Engl J Med. 2019 Mar 14;380(11):1022-1032. doi: 10.1056/NEJMoa1803917. PMID: 30865796.

Date de publication : 3 novembre 2020

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