Rejet croissant du concept de vaccination contre le SARS-Cov-2

Des laboratoires de nombreux pays tentent de développer un vaccin contre le Covid-19. En témoignent, les résultats préliminaires de plusieurs études de phase I/II. L’un à base d’ARNm serait sûr et a induit une production d’anticorps chez les 45 participants, d’après un article publié par le New England Journal of Medicine . Un autre, le ChAdOx1 nCoV-19 (« vaccin d’Oxford »), composé d’adénovirus de chimpanzé modifié, donne aussi des résultats encourageants. En pratique, on est cependant encore loin de pouvoir disposer d’un vaccin efficace, alors qu’un autre problème s’est fait jour : l’acceptation d’une vaccination contre le Covid-19 a diminué au cours des derniers mois dans la population européenne. Elle est ainsi passée de 70 à 61% en Allemagne, d’après le HCHE (Hamburg Center for Health Economics) rattaché à l’Université de Hambourg [1].

En avril et en juin dernier, des auteurs ont interrogé en ligne plus de 7.000 personnes résidant en Allemagne, au Danemark, en France, en Italie, aux Pays-Bas, au Portugal et au Royaume-Uni. Résultat : dans l’ensemble de ces pays, l’acceptation d’une éventuelle vaccination contre le SARS-Cov-2 est passée de 74% en avril à 68% deux mois plus tard, tandis que la proportion de personnes la refusant clairement a grimpé de 7 à 13%. L’acceptation ne s’est (légèrement) renforcée qu’au Portugal, avec un taux passant de 75 à 76%.

Les groupes à risque sont plus confiants

C’est en Italie et en Allemagne que la méfiance était la plus forte : le pays dirigé par Giuseppe Conte a vu le taux d’acceptation dégringoler de 12%, passant de 76 à 64%, tandis que la République fédérale menée par Angela Merkel a vu ce chiffre chuter de 9% (70% en avril et 61% en juin). Comparativement au nord et à l’est de l’Allemagne (respectivement 16 et 14%), c’est dans le sud et l’ouest que le taux de rejet est le plus élevé (22 et 20%).

En juin, c’est la France qui affiche le rejet le plus marqué, avec un taux s’établissant à 20%. Celui des personnes indécises y était également le plus élevé : 24%, à comparer avec le chiffre – stable – de 19% pour l’ensemble de l’Europe.

Un taux supérieur d’acceptation a été observé chez les personnes à risque et leurs cohabitants. Il est le plus élevé chez les hommes à partir de 55 ans et chez les personnes qui vivent avec des malades chroniques, quel que soit le pays étudié. A l’inverse (et c’est particulièrement vrai en Allemagne), les familles comprenant un handicapé mental ou physique sont les moins enclines à accepter la vaccination, d’après le Pr Jonas Schreyögg, le directeur scientifique du HCHE. « Il est par ailleurs à noter que non seulement les opposants à ce vaccin sont de plus en plus nombreux, mais aussi que leur proportion est nettement plus importante que celle des vaccinosceptiques en général. » Les chiffres européens montrent en effet que 83,6% des Européens estiment que les vaccins sont sûrs dans l’ensemble, d’après le Vaccine Confidence Project.

Les personnes qui expriment un rejet de la vaccination contre le Covid-19 l’expliquent avant tout par la crainte d’effets indésirables et d’une perte relativement rapide de son efficacité. Il s’agit là de la principale inquiétude évoquée par 45% des personnes qui refusent d’emblée le vaccin et par 61% de celles qui hésitent. Par ailleurs, un opposant sur sept pense que le virus n’est pas réellement dangereux pour sa propre santé.

Le taux d’acceptation n’est pas le seul déterminant du taux de vaccination

A la question de savoir si les doses du (futur et espéré) vaccin devraient être avant tout réparties par les hôpitaux et les médecins, les répondants sont 61% en Europe et 54% en Allemagne à s’y déclarer favorables.  Les chiffres s’établissent respectivement à 55 et 47% dans l’hypothèse où cette tâche reviendrait aux ministères nationaux de la santé, et celle attribuant la répartition à un panel national d’experts recueille 54 et 46% des suffrages.

Dans chaque pays inclus dans l’enquête, les citoyens interrogés rejettent l’idée de voir cette répartition opérée par les sociétés pharmaceutiques (55% dans l’ensemble de l’Europe, 61% en Allemagne), au travers d’un référendum (56 et 54%), ou encore par l’une ou l’autre forme de loterie (67 et 71%).

Il est clair que l’acceptation n’est pas le seul critère pouvant déterminer le taux de vaccination. Ce dernier « doit atteindre au moins 71 à 74% pour obtenir une immunité collective en Europe », affirme Sebastian Neumann-Böhme, du HCHE. D’autres éléments sont en jeu, comme « par exemple la question de savoir dans quelle mesure la vaccination sera facilement accessible. Et l’acceptation pourrait également baisser dans l’hypothèse où deux doses seraient nécessaires. »

Enfin, l’étude montre que les personnes qui font confiance aux informations délivrées par les gouvernants, l’Union Européenne ou l’OMS sont plus ouvertes à la vaccination contre le Covid-19. Pour Jonas Schreyögg, « les politiciens et les scientifiques doivent communiquer avec une transparence maximale sur l’efficacité et les éventuels effets indésirables des vaccins, et ils doivent viser à gagner la confiance des citoyens. »

Cet article a été publié récemment sur Medscape.de sous le titre Misstrauen nimmt zu: Immer weniger Menschen wollen sich gegen das Corona-Virus impfen lassen – warum nicht? Traduction-adaptation du Dr Claude Leroy.

[1] Hamburg Center for Health Economics : Corona-Forschung am HCHE

Rejet croissant du concept de vaccination contre le SARS-Cov-2 – Medscape – 28 juil 2020.