Covid-19 : 10 questions essentielles sur la reprise de l’épidémie en France

(The Conversation) Pascal Crépey, épidémiologiste et biostatisticien à l’École des Hautes Études en Santé Publique, travaille sur la modélisation de la propagation des maladies infectieuses telles que la grippe. Il fait le point pour The Conversation sur la situation de l’épidémie de Covid-19 en France.

Le nombre de personnes infectées par le coronavirus SARS-CoV-2 augmente partout dans le pays, on enregistre de plus en plus d’hospitalisations liées à la Covid-19 : assiste-t-on à la deuxième vague de l’épidémie ?

Pascal Crépey : Le problème est que cette image de « vague » n’est pas clairement définie en épidémiologie. De ce fait, il s’agit d’une notion floue, qu’il faut préciser avant de pouvoir répondre à la question.

Si, pour ceux qui l’emploient, ce concept de vague équivaut à un tsunami qui submerge le système hospitalier et ravage la société, alors non, nous ne vivons pas encore un tel raz-de-marée. En revanche, si on s’appuie sur ce que l’on connaît des épidémies passées causées par des virus respiratoires, alors effectivement, on peut dire que nous vivons un début de seconde vague.

La pandémie de grippe espagnole de 1918-1919, par exemple, a donné lieu à 3 vagues successives : une première au printemps 1918, une seconde beaucoup plus mortelle à l’arrivée de l’automne, et une troisième dans son prolongement, qui a duré jusqu’au début du printemps de l’année suivante. En s’appuyant sur ce type d’expérience, on peut dire que la seconde vague débute lorsque la courbe des cas, des hospitalisations ou des morts commence à décoller. C’est le cas actuellement.

Pour l’instant, on ne peut pas présumer de la hauteur de cette vague : elle peut encore, espérons-le, ne rester qu’une vaguelette.

TC : Quelles sont les différences entre la situation actuelle et celle du mois de mars ?

PC : Paradoxalement, en mars la catastrophe sanitaire engendrée par le cluster de Mulhouse a eu un effet bénéfique : celui de sonner l’alarme (ndlr : un rassemblement évangélique à Mulhouse avait contribué à fortement dégrader la situation dans le Grand-Est). Les autorités ont réagi rapidement en décrétant le confinement, ce qui a épargné les régions où l’épidémie commençait à s’installer, comme la Bretagne ou la Nouvelle-Aquitaine. Les capacités hospitalières ont alors pu être projetées depuis ces régions vers celles qui étaient en souffrance, tandis que plus de 650 patients ont pu être transférés vers des zones moins touchées. [En savoir plus]

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