FA : baisse de 47 % des nouveaux diagnostics pendant le confinement au Danemark

L’incidence de nouveaux cas de fibrillation auriculaire (FA) a diminué de près de moitié au cours des trois premières semaines de confinement dû au Covid-19 au Danemark, selon de nouvelles données publiées dans l’European Heart Journal [1]. Quelles en sont les raisons ? Comment faire en sorte de bien prendre en charge les patients même par temps de pandémie.

Une baisse de 47 %

Pendant la quarantaine, il a été demandé aux patients de ne se faire soigner qu’en cas d’urgence et de toujours appeler à l’avance, ce que certains patients souffrant de FA ont peut-être mal interprété en pensant qu’ils devaient faire abstraction des symptômes légers à modérés et ne pas se faire soigner, a déclaré le Dr Anders Holt de l’hôpital universitaire Herlev et Gentofte de Copenhague dans un courriel à Reuters Health.

« Étant donné que la FA non traitée est associée à un risque d’accident vasculaire cérébral en particulier, cela pourrait être associé à des dommages collatéraux en parallèle de la pandémie de Covid-19. À mon avis, les médecins ont la responsabilité de rétablir l’accès facile à une consultation avec un médecin – même lorsque le patient considère que les symptômes sont légers », a déclaré le Dr Holt.

Avec ses collègues, il a analysé les données du registre danois relatives à tous les adultes ayant reçu un diagnostic de FA au cours des premiers mois de 2019 et 2020, et a comparé l’incidence de la FA, les caractéristiques des patients et les résultats durant la période de confinement du 12 mars au 1er avril 2020 et durant la même période de trois semaines en 2019.

Les ratios du taux d’incidence de la FA durant la première, la deuxième et la troisième semaine de confinement par rapport à l’année précédente étaient respectivement de 0,66, 0,53 et 0,41. Le nombre total de diagnostics au cours de la période de trois semaines est passé de 1 053 en 2019 à 562 en 2020, soit une baisse de 47%.

Quelles explications ?

Les auteurs ont constaté que les patients ayant reçu un diagnostic de FA en 2020 étaient plus jeunes, avaient un score CHA2DS2-VASc moyen plus faible et étaient plus susceptibles d’avoir des antécédents de cancer, d’insuffisance cardiaque ou de maladie vasculaire. Trente patients (5,3%) ont eu un accident ischémique cérébral et 15 sont décédés (2,7%), versus 45 (4,3%) et 14 (1,3%) des patients diagnostiqués en 2019. Le rapport de cotes ajusté pour l’accident ischémique cérébral ou le décès toutes causes confondues était de 1,41 pour les patients diagnostiqués pendant le confinement par rapport à ceux diagnostiqués en 2019.

« Il pourrait y avoir d’autres explications à la baisse des nouveaux cas de FA : une baisse « réelle » en raison de l’isolement social, d’une moindre transmission des maladies infectieuses, de moins de stress, etc., et nous n’avons pas tenu compte des patients qui sont diagnostiqués par leur médecin généraliste et traités de manière appropriée », a déclaré le Dr Holt.

« Je pense que la question intéressante est de savoir comment nous nous préparons et comment nous gérons une deuxième vague de Covid-19, et de nouveaux confinements probables – ce qui semble avoir déjà commencé dans certaines grandes villes du monde », a-t-il ajouté.

Fournir les mêmes soins de santé de haute qualité aux patients

« Les patients devraient toujours avoir la possibilité et être encouragés à consulter un médecin s’ils ont l’impression que quelque chose ne va pas, un appel téléphonique ou une vidéo-conférence devrait suffire pendant une pandémie », a déclaré le Dr Holt. « En ce qui concerne spécifiquement la FA, il devrait être possible d’établir une sorte de procédure de dépistage avec un minimum de contacts hospitaliers et personnels pour s’assurer que les patients soient diagnostiqués et traités en conséquence ».

Le Dr Carina Blomstrom-Lundqvist, de l’université d’Uppsala en Suède, a écrit un éditorial publié quelques jours après la mise en ligne de l’étude.

« Je pense que nous avons appris de l’étude danoise et d’autres études que les patients en général et en particulier ceux dont la FA était jusqu’alors non diagnostiquée ne cherchent pas à se faire soigner à moins qu’ils ne présentent d’autres états pathologiques qui entraînent des symptômes plus sévères », a-t-elle déclaré à Reuters Health dans un courriel.

« Nous devons fournir les mêmes soins de santé de haute qualité aux patients qui ne sont pas touchés par une pandémie », a ajouté le Dr Blomstrom-Lundqvist. « Nous devons veiller à ne pas donner le mauvais message à la communauté et aux patients, à savoir qu’ils doivent s’abstenir de recourir à des soins médicaux sauf en cas de nécessité urgente. Ils ne peuvent pas juger eux-mêmes quand il y a urgence. Des symptômes vagues peuvent être les signes d’une maladie qui peut nécessiter un traitement rapide ».[1] Holt A, Gislason GH, schou M et al. New-onset atrial fibrillation: incidence, characteristics, and related events following a national COVID-19 lockdown of 5.6 million people European Heart Journal 2020, https://doi.org/10.1093/eurheartj/ehaa494

Reuters Health Information © 2020 Reuters Ltd. – Medscape – 7 sept 2020.

Cet article a été initialement publié sur MediQuality, membre du réseau Medscape.