La mort subite est-elle vraiment si subite ?

Medscape – Les patients victimes d’un « soudain » arrêt cardiaque extrahospitalier (ACEH) auraient ressenti un malaise quelques jours avant, suggère une équipe danoise dans une nouvelle étude [1].

Cette recherche montre qu’au cours des deux semaines précédant l’arrêt cardiaque, 54% des patients avaient établi un contact avec leur médecin par téléphone, par courriel ou en consultant et que 6,8% s’étaient rendus aux urgences d’un l’hôpital, d’une clinique ou avaient été hospitalisés.

Au cours de l’année qui a précédé l’accident cardiaque, 25% avaient eu un contact hebdomadaire avec leur médecin et 3% avec un hôpital.

Le Dr Nertila Zylyftari (Copenhagen University Herlev and Gentofte Hospital, Hellerup, Danemark) qui a dirigé l’étude, a présenté les résultats lors de la séance des posters [1] au Congrès 2020 de l’European Society of Cardiology (ESC[2]. 

Ces résultats montrent que les médecins et les patients doivent avoir conscience qu’il y a possiblement des prémisses à un arrêt cardiaque brutal. Cela souligne l’importance de la place que l’on doit accorder aux scores de risque des maladies cardiovasculaires dans notre pratique quotidienne, a déclaré la Dr Zylyftari à theheart.org/Medscape Cardiology.

54 % des patients avaient établi un contact avec leur médecin 

Pour leur étude, les auteurs ont identifié 28 995 patients dans le registre Danish Cardiac Arrest Registry. Tous avaient souffert d’un ACEH entre 2001 et 2014. La moyenne d’âge des patients était de 72 ans et 67% étaient des hommes.

Les auteurs ont apparié chaque patient avec 9 autres dans la population générale en se basant sur le sexe, l’âge, et la date de survenue de l’ACEH.

Dans la population générale, seulement 14% et 2% des sujets ont appelé leur médecin ou se sont rendus à l’hôpital de façon habdomadaire. Ce pourcentage est resté stable tout au long de l’année.

Dans le groupe ACEH au cours de l’année qui a précédé l’accident, le pourcentage hebdomadaire des patients qui ont contacté leur médecin est resté à peu près constant (26%) mais au cours des deux semaines qui ont précédé l’ACEH, il a augmenté à 54%. Il en est de même pour les contacts hospitaliers : de 3,5% par semaine, il a atteint un pic à 6,8% au cours des deux semaines qui ont précédé l’accident aigu.

Sur les 54% de patients qui ont contacté leur médecin traitant au cours des 2 semaines qui ont précédé leur ACEH, 72% ont envoyé un courrier électronique ou ont téléphoné (il s’en est suivi une visite au cabinet dans 11% des cas), 51% se sont rendus au cabinet du médecin, et 29% ont bénéficié d’une visite à domicile.

Parmi les patients qui ont établi un contact médical pendant les 2 semaines précédant l’arrêt cardiaque, 25% avaient une pathologie cardiovasculaire, 8% une pathologie cardiaque, 4,5% une insuffisance cardiaque, 11% avaient une pathologie respiratoire  (dont une bronchopathie chronique obstructive dans 4,3%), d’autres avaient eu un traumatisme, souffert d’une intoxication alimentaire ou d’un problème digestif.

Dans la population générale, environ 9% avait une pathologie cardiovasculaire.

C’est une « intéressante » « importante » étude « qui confirme la notion de plus en plus acceptée que les patients victimes d’un ACEH ont des symptômes au cours des semaines qui précèdent l’arrêt cardiaque » a précisé dans un courriel à theheart.org/Medscape Cardiology, le Dr Keren Smith (Center for Research and Evaluation at Ambulance Victoria, Australie.).

Une étude publiée en 2019 sur plus de 38 000 patients ayant souffert d’un ACEH en Ontario (Canada) a obtenu des résultats similaires. Les auteurs avaient constaté alors que plus de 1 patient sur 4 ayant un ACEH s’était rendu dans un service d’urgence 90 jours avant l’accident[3,4].

Savoir reconnaitre les signes et diriger les patients vers des centres spécialisés

Dans l’étude présentée à l’ESC, les chercheurs ont eu accès à peu de renseignements concernant les motifs pour lesquels les patients avaient contacté leur médecin traitant ou s’étaient rendus aux urgences, mais le Dr Zylyftari pense que pour certains, il s’agissait d’une dyspnée, d’une gêne thoracique ou encore de palpitations. 

Elle note que d’autres patients auraient eu des symptômes peu évocateurs qui permettaient difficilement de les classer dans la catégorie à haut-risque. Pour d’autres, l’ACEH a été leur premier contact avec l’équipe médicale…

« Il y a beaucoup de travail à faire pour prévenir l’ACEH et créer un algorithme permettant d’identifier les patients à haut risque », souligne Nertila Zylyftari.

Pourtant, le Dr Smith note que « la part d’interactions avec le médecin traitant est importante. Si ces patients pouvaient être rapidement dirigés vers des cliniques spécialisées, de nombreux arrêts cardiaques pourraient être évités ». Elle ajoute : « Ces travaux soulignent l’importance des campagnes ciblées pour savoir reconnaitre les signes avant-coureurs d’un accident cardiaque et par conséquent éviter la survenue d’un arrêt cardiaque si les patients consultent tôt ». 

Par le passé, l’équipe australienne a également montré qu’une vaste campagne médiatique sur les signes d’un accident cardiaque, réalisée à Melbourne en Australie [5], avait permis une diminution substantielle de l’incidence des ACEH et des décès associés.

Pour rappel, l’ACEH est la troisième cause de décès dans le monde avec moins de 10% des patients qui survivent. « Cela souligne la nécessité d’identifier les sujets à risque », commente le Dr Zylyftari.

« Plus de données et de recherches sont nécessaires pour comprendre les interactions (symptômes), pour identifier les signaux spécifiques d’un danger imminent, et prévenir au mieux les arrêts cardiaques » conclut-elle. 

L’étude a été financée par le programme de recherche et d’innovation Horizon 2020 de l’Union européenne ESCAPE-NET. Les chercheurs n’ont révélé aucune relation financière pertinente.

Cet article a été initiallement publié sur Medscape.com sous le titre  Sudden Death Not So Sudden? Half Contacted GP in Days Prior . Traduit et adapté par le Dr Jean-Pierre Usdin.

  1. Zylyftari N. Contact to the healthcare system prior to out-of-hospital cardiac arrests. https://programme.escardio.org/ESC2020/Abstracts/220608-contacts-to-the-healthcare-system-prior-to-out-of-hospital-cardiac-arrests?r=/ESC2020/Full-Programme?s%3D%24expression%3Dposter%26page%3D42
  2. 2020 ESC congress. The Digital Experience. https://www.medscape.com/viewcollection/35463
  3. Nehme Z, Smith K. More evidence that out-of-hospital cardiac arrest is preventable. Resuscitation vol 141, P195-196, August 01, 2019 https://www.resuscitationjournal.com/article/S0300-9572(19)30212-6/fulltext
  4. Shuvy M, Koh M., Qui F. et coll. Health care utilization prior to out-of-hospital cardiac arrest: A population-based studyResuscitation vol 141, August 2019, Pages 158-165 https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0300957219301492
  5. Nehme Z, Andrew E, Bernard S. Impact of a public awareness campaign on out-of-hospital cardiac arrest incidence and mortality rates. European Heart Journal, Volume 38, Issue 21, 1 June 2017, Pages 1666–1673, https://doi.org/10.1093/eurheartj/ehw500https://academic.oup.com/eurheartj/article/38/21/1666/2452311

Actualités Medscape © 2020 WebMD, LLC – 28 sept 2020.